Playlists & Mix

La playlist du Déconfinement #67 – Tropicalia Brésil

Pour fêter ses premiers jours de liberté, l’équipe d’Alternative Lads fait appel à la contribution des Fonds de Tiroir. Leur émission sur Radio Campus Paris est vivement recommandable. L’un des deux animateurs nous propose une playlist issue de la révolution Tropicalia et ses influences venant droit du Brésil. On lui laisse le micro :

On va s’écouter de la musique brésilienne aujourd’hui, voilà de quoi se déconfiner avec le sourire ! Des sons ensoleillés, psychédéliques, chantés dans une langue on ne peut plus musicale. Tout ce qu’il faut pour végéter dans de douces rêveries…

Déjà entendu parler du mouvement Tropicalia ? On est dans la deuxième moitié des 60’s au Brésil où un coup d’état militaire vient d’instaurer une dictature liberticide. C’est dans ce contexte que naît ce mouvement culturel, principalement musical. On parle même d’une « révolution musicale » qui en seulement 2 ans en 1967-1968 pose les bases de la musique populaire brésilienne.

Le mouvement Tropicalia désigne une musique bossa, samba aux couleurs rock, soul et parfois psychédéliques. C’est une musique qui casse les codes de la bossa nova classique en empruntant des styles musicaux et des instruments (guitare saturées, batterie…) aux styles anglo-saxons populaires du moment (rock, soul). Sa particularité réside aussi dans ses thèmes abordés. Alors que la bossa nova et la samba traditionnelles gardent un contenu très apolitique, les jeunes artistes de cette « révolution » s’engagent. On chante alors les transformations du pays, la séduction, l’amour, et bien sûr on critique le pouvoir par des paroles détournées. Caetano Veloso, Chico Buarque et Gilberto Gil ont d’ailleurs été contraints à l’exil à cause de leurs textes engagés.

Je vous ai concocté un petit frichti de découvertes de confinement, très éclectique. C’est participatif donc n’hésitez pas à balancer vos découvertes !! La playlist est très subjective et ne se veut en aucun cas exhaustive, il ne s’agit là que de coups de coeur très personnels. J’ai choisi de vite me dégager de ces deux années (1967-1968) pour montrer les influences de cette révolution, qui se mue en un mouvement musical populaire bien plus pérenne.

Hippie hippie yeaaaaaaah

La première moitié de la playlist a des couleurs très hippies.

On commence par Os Mutantes et un extrait de leur album Panem et circances (1967), « du pain et des jeux » qui serait le manifeste du mouvement Tropicalia, rien que ça ! Un album très déstructuré, avec des envolées lyriques, des passages très chelous et même une reprise de Françoise Hardy. On enchaîne par Caetano Veloso et sa chanson Eles (1968) où on retrouve tous les codes du rock psychédélique d’inspiration hippe : sitar, rythmique folk et des petits « à coups » de synthé pour emballer tout ça.

On a ensuite 4 sons de l’année 1972 en commençant par les mythiques Novos Baianos (je suis tombé amoureux de la chanteuse).

Quand on écoute les choeurs de Lô Borges et Secos e Molhados, on se dit qu’ils ont écouté le White Album des Beatles et ça fait plaisir. Je vous ai mis ensuite un son très obscure, de Geraldo Azenado et Alceu Valença. Très obscure tant pour son contenu, avec ses violons assez flippants que pour sa notoriété, sorti de la compile « The Psychedelic Rock Scene in Permanbusca » que je ne peux que vous conseiller.

On termine par un petit coup des Mutantes, et un extrait de leur opéra rock aux accents parfois sataniques A divina Comedia, daté de 1970.

Pour la deuxième partie, on commence par un virage soul à 180 degrés avec Tim Maia, suivi de la samba endiablié d’Alcione (1975). On reste dans une samba assez classique avec O Surdo et on s’éloigne du mouvement, je l’ai rajouté parce que c’est de la frappe.

J’ai fait le choix de passer ensuite un extrait de l’album Força Bruta (1970) qui fait directement référence à la dictature militaire. Album à écouter en entier (j’insiste), ne serait-ce que pour la voix envoûtante de Jorge Ben et les arrangements d’une richesse incroyable.

La fin de la playlist appartient à l’histoire de la musique populaire brésilienne avec Tom Zé, Paulinho Da Viola et la Samba de Orly du francophile Chico Buarque.

Bref, j’en ai trop dit. Bonne écoute et contribuez les amis, c’est un puit sans fond !


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Tracklist :
1) Os Mutantes – A Minha Menina (« Os Mutantes », 1968)
2) Caetano Veloso – Eles (« Caetano Veloso », 1968)
3) Novos Bainos – Brasil Pandeiro (« Acabou Chorare », 1972)
4) Lô Borges – Canção Postal (« Lô Borges », 1972)
5) Alceu Valença e Geraldo Azevedo – Novena (« Quadrafônico », 1972)
6) Secos & Molhados – Não, não digas nada (« A Volta de Secos & Molhados », 1973)
7) Os Mutantes – Desculpe, Babe (« A Divina Comédia Ou Ando Meio Desligado », 1970)
8) Tim Maia – Que Beleza (« Racional (Vol 2) », 1976)
9) Alcione – O Surdo (« A Voz Do Samba », 1975)
10) Jorge Ben – Mulher Brasileira (« Força Bruta », 1970)

Dudz pour Paul Chevalier